Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 2, 1910.djvu/177

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chement d’un marais. M. de la Tour, en Provence, a fait tant de bien pendant quarante ans, que, malgré lui, le Tiers-état lui vote une médaille d’or[1]. Un gouverneur fait un cours de boulangerie économique. — Quel danger de pareils pasteurs peuvent-ils courir au milieu de leur troupeau ? Quand le roi convoque les États Généraux, nul n’est « en défiance », ni ne s’effraye de l’avenir. « On parlait[2] de l’établissement d’une nouvelle constitution de l’État comme d’une œuvre facile, comme d’un événement naturel. » — « Les hommes les meilleurs et les plus vertueux y voyaient le commencement d’une nouvelle ère de bonheur pour la France et pour tout le monde civilisé. Les ambitieux se réjouissaient de la large carrière qui allait s’ouvrir à leurs espérances. Mais on n’aurait pas trouvé un individu, le plus morose, le plus timide, le plus enthousiaste, qui prévît un seul des événements extraordinaires vers lesquels les États assemblés allaient être conduits. »

  1. Léonce de Lavergne, 472.
  2. Mathieu Dumas, Mémoires, I, 426. — Sir Samuel Romilly, Mémoires, I, 99. — « La sécurité alla jusqu’à l’extravagance. » (Mme de Genlis, Mémoires.) — Le 29 juin 1789, Necker disait dans le conseil du roi, à Marly : « Quoi de plus frivole que les craintes conçues à raison de l’organisation des États Généraux ? Rien ne peut y être statué sans l’assentiment du roi. » (M. de Barentin, Mémoires, 187.) — Adresse de l’Assemblée nationale à ses commettants, 2 octobre 1789 : « Une grande révolution, dont le projet eût paru chimérique il y a quelques mois, s’est opérée au milieu de nous. »