Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 2, 1910.djvu/336

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« sur l’échafaud ; … vous, monsieur Roucher, aussi sur l’échafaud. » — « Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les Tartares ? » — « Point du tout ; je vous l’ai dit, vous serez alors gouvernés par la seule philosophie et par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment à la bouche les phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront comme vous les vers de Diderot et de la Pucelle. » — « Et quand tout cela arrivera-t-il ? » — Six ans ne se passeront pas que tout ce que je vous dis ne soit accompli. » — « Voilà bien des miracles, dit Laharpe, et vous ne m’y mettez pour rien. » — « Vous y serez pour un miracle tout au moins aussi extraordinaire ; vous serez alors chrétien. » — « Ah ! reprit Chamfort, je suis rassuré si nous ne devons mourir que quand Laharpe sera chrétien, nous sommes immortels ; » — « Pour ça, dit alors la duchesse de Gramont, nous sommes bien heureuses, nous autres femmes, de n’être pour rien dans les révolutions. Il est reçu qu’on ne s’en prend pas à nous et notre sexe… » — « Votre sexe, mesdames, ne vous en défendra pas cette fois… Vous serez traitées tout comme les hommes, sans aucune différence quelconque… Vous, madame la duchesse, vous serez conduite à l’échafaud, vous et beaucoup d’autres dames avec vous, dans la charrette et les mains liées derrière le dos. » — « Ah ! j’espère que dans ce cas-là j’aurai du moins un carrosse drapé de drap noir. »