Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 2, 1910.djvu/99

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net. Il n’est pas un simple érudit, plongé dans ses in-folio à la façon allemande, un métaphysicien enseveli dans ses méditations, ayant pour auditoire des élèves qui prennent des notes, et pour lecteurs des hommes d’étude qui consentent à se donner de la peine, un Kant qui se fait une langue à part, attend que le public l’apprenne, et ne sort de la chambre où il travaille que pour aller dans la salle où il fait ses cours. Ici au contraire, en fait de paroles, tous sont experts et même profès. Le mathématicien d’Alembert publie de petits traités sur l’élocution ; le naturaliste Buffon prononce un discours sur le style ; le légiste Montesquieu compose un essai sur le goût ; le psychologue Condillac écrit un volume sur l’art d’écrire. — En ceci consiste leur plus grande gloire ; la philosophie leur doit son entrée dans le monde. Ils l’ont retirée du cabinet, du cénacle et de l’école pour l’introduire dans la société et dans la conversation.

II

« Madame la maréchale, dit un des personnages de Diderot[1], il faudra que je reprenne les choses d’un peu haut. — De si haut que vous voudrez, pourvu que je puisse vous entendre. — Si vous ne m’entendiez pas, ce serait bien ma faute. — Cela est poli, mais il faut que vous sachiez que je n’ai jamais lu que mes Heures. » — Il n’importe, et la jolie femme, bien conduite, va

  1. Entretien d’un philosophe avec la maréchale de