Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 4, 1910.djvu/172

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LA RÉVOLUTION


de ses tenanciers qui ne voulaient pas lui payer ses rentes ; là-dessus, la paroisse de Saint-Thomas de Cosnac, jointe à cinq ou six autres, s’ébranle et vient assaillir ses deux châteaux de Bois-Roche et de Saint-Georges-des-Agouts ; ils sont saccagés, puis brûlés ; son fils s’échappe à travers les coups de fusil. Le notaire et régisseur Martin est visité de même ; ses meubles et son argent sont pillés ; « sa fille éprouve les outrages les plus affreux », et un détachement, poussant jusque chez le marquis de Cumont, l’oblige, sous peine d’être incendié, à donner décharge de toutes les redevances. En tête des incendiaires sont les officiers municipaux de Saint-Thomas, excepté le maire, qui s’est sauvé. — C’est que le régime électoral institué par l’Assemblée constituante commence à produire ses effets. « Presque partout, écrit le commissaire du roi, on a éliminé les grands propriétaires, et les emplois sont occupés par des hommes qui remplissent strictement les conditions d’éligibilité. Il en résulte une sorte d’acharnement des gens peu riches à vexer ceux qui ont des héritages considérables. » — Six mois plus tard, dans le même département, à Aujac, Migron, Varaise, les gardes nationales et les autorités villageoises décident qu’on ne payera plus ni dîmes, ni agriers, ni champarts, ni aucun des droits conservés. En vain le département casse leur arrêté, envoie des commissaires, des gendarmes, un huissier. Les commissaires sont chassés, on tire sur l’huissier et sur les gendarmes ; le vice-président du district qui allait faire