Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 5, 1904.djvu/146

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LA RÉVOLUTION


protestent plus qu’en s’abstenant : le 14 juin, quand il s’agit d’abolir, sans indemnité, toute la créance féodale, il n’y a de remplie que l’extrémité gauche ; le reste de « la salle est presque vide » ; sur 497 députés présents, 200 ont quitté la séance[1]. — Redressés un instant par l’apparence d’une protection possible, ils absolvent à deux reprises le général Fayette derrière lequel ils voient son armée[2], et ils résistent en face aux despotes de l’Assemblée, des clubs et de la rue. Mais à deux reprises, faute d’un chef et d’un point d’appui militaire, la majorité visible doit plier, se taire, fuir, ou se rétracter, sous la dictature de la faction victorieuse qui a faussé et forcé la machine législative jusqu’à la détraquer et à la casser.

  1. Moniteur, XII, 664. — Mercure de France, n° du 23 juin 1792.
  2. Hua, 141 — Mathieu Dumas, II, 399 : « : Il est remarquable que Laffon de Ladébat, l’un de nos plus fidèles amis, fut nommé président, le 23 juillet 1792 ; c’est que la majorité de cette assemblée était saine encore ; mais elle ne se produisait que par le vote secret sur le choix des individus. Les mêmes hommes qui obéissaient à la voix de leur conscience par un sentiment de justice et de pudeur ne pouvaient soutenir l’épreuve des dangers personnels dont les entouraient les menaces des factieux, quand il fallait voter, à découvert, par assis et levé. »