Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 5, 1904.djvu/200

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LA RÉVOLUTION


sont obligés de les payer[1]. — Aussi bien, quoique leur place soit la première du département, ils sont plus maltraités et plus malheureux que leurs garçons de salle. Assis à leurs côtés, des délégués du club, des officiers municipaux de Marseille les font taire, parlent, et leur dictent leurs délibérations[2], « Nous avons les bras liés, écrit l’un d’eux, nous sommes entièrement asservis sous le joug de ces intrus. » — « Nous avons vu deux fois consécutives plus de trois cents hommes, dont plusieurs ayant des fusils avec des baïonnettes, s’introduire dans la salle et nous menacer de la mort si nous leur refusions ce qu’ils nous demandaient. Nous avons vu des motionnaires furieux, presque tous Avignonnais, monter sur les bureaux du directoire, haranguer leurs camarades, les exciter à l’insurrec-

  1. Archives nationales, F7, 3196. Lettres du nouveau directoire au ministre, 24 mars et 4 avril 1792 : « Depuis le départ du directoire, notre assemblée administrative n’est composée que de six membres, malgré les convocations successives que nous avons faites à tous les membres du conseil… Trois membres du conseil seulement consentent à s’adjoindre à nous ; la cause en est le défaut de moyens pécuniaires. » — En conséquence le nouveau directoire a pris un arrêté pour donner une indemnité aux membres du conseil. À la vérité, cela est contraire à une proclamation du roi du 15 janvier, mais « cette proclamation a été surprise à la religion du roi ; vous reconnaîtrez que, chez une nation libre, l’influence du citoyen sur le gouvernement ne doit pas être en proportion de sa fortune ; ce principe serait faux et destructible de l’égalité des droits ; nous espérons que le roi voudra bien révoquer cette proclamation ».
  2. Ib. Lettres de Borelly, vice-président du directoire, au ministre, 10, 17 et 30 avril 1792. — Lettre d’un autre administrateur, 10 mars : « On veut absolument marcher sur Arles, et nous forcer à ordonner cette marche. » — Ib. F7, 3195. Lettres d’Aix, du 12 et 16 mars, adressées à M. Verdet.