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LA RÉVOLUTION


curs, simples mannequins et marionnettes ; huit jours après, quand ils auront joué leur rôle et qu’on n’aura plus besoin d’eux, on les fera rentrer dans la coulisse. En attendant, ils sont censés les mandataires du peuple souverain, autorisés à tout, car il leur a délégué son omnipotence, seuls autorisés à tout, car leur investiture est toute neuve, et ils paradent en cette qualité, à peu près comme les figurants chamarrés d’or et de pourpre qui, à l’Opéra, représentent le conclave des cardinaux ou la diète du saint-empire : jamais la comédie politique n’a dégénéré en une farce si effrontée. — Le 31, à six heures et demie du matin, Dobsent et ses suppôts se présentent au conseil général de la Commune, lui exhibent leurs pouvoirs et lui signifient qu’il est cassé. Avec une complaisance édifiante, le conseil se reconnaît déchu et sort de la salle. Avec une gratitude non moins empressée, Dobsent le rappelle aussitôt, le rétablit dans ses fonctions au nom du peuple, et déclare qu’il a bien mérité de la patrie[1]. En même temps, un autre démagogue, Varlet, fait la même opération sur le conseil du département, et les deux corps, consacrés par un nouveau baptême, se réunissent aux soixante-six commissaires pour exercer en commun la dictature. — Rien de plus légitime, et la Convention aurait tort de s’y opposer : « elle n’a été nommée que pour juger le tyran et faire la Constitution ; le souverain ne lui a donné aucun

  1. Buchez et Roux, XXVII, 306. Procès-verbaux de la Commune, 31 mai. — Ib., 136. — Mortimer-Ternaux, VII, 319.