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LA RÉVOLUTION


les hommes les plus capables de faire et de bien conduire le labeur manuel, contre les travailleurs les plus recommandables par leur activité, leur frugalité, leurs bonnes mœurs, que la Révolution, dans ses rigueurs contre la classe inférieure, a le plus âprement sévi.

VIII

Par la même raison, quand il s’agit des notables proprement dits, elle sévit plus âprement encore, non pas seulement contre les nobles, à titre d’anciens privilégiés, non pas seulement contre les ecclésiastiques, à titre de catholiques insoumis, mais contre les nobles, les ecclésiastiques et les bourgeois, en leur qualité commune de notables, c’est-à-dire d’hommes élevés au-dessus des autres et distingués de la foule par la supériorité de leur condition. Aux yeux du vrai Jacobin, les notables du troisième ordre ne sont pas moins coupables que les membres des deux premiers ordres. — « Les bourgeois[1], les marchands, les gros propriétaires, écrit une Société populaire du Midi, ont toute la prétention des ci-devant. » — Et la Société se plaint de ce que « la loi ne fournit aucun moyen de dessiller les

  1. Archives nationales, F7, 4437 (Adresse de la Société populaire de Clavisson (Gard), 7 messidor an II). — Rodolphe Reuss, Seligman Alexandre, ou les tribulations d’un Israélite strasbourgeois pendant la Terreur, 37. (Ordre donné par le général Dièche à Coppin, commandant de la prison du séminaire) : « Mets le plus grand zèle à abaisser le caquet des aristocrates. » Telle est, en abrégé, la consigne de tous les Jacobins en place.