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LA RÉVOLUTION


sur place, gratis ou au prix qu’elle a fixé, le sucre, le savon, l’eau-de-vie et le café. — Par en haut, ils ont entrepris, accompli et multiplié contre la propriété les pires attentats, spoliations énormes et de toute espèce, suppression des revenus par centaines de millions et confiscation des capitaux par milliards, abolition sans indemnité de la dîme et de toute la redevance féodale, expropriation du clergé, des émigrés, de l’ordre de Malte, des associations ou fondations de piété, de charité et d’éducation, même laïques, saisie de l’argenterie, des vases sacrés, du mobilier précieux des églises. Et, depuis qu’ils sont au pouvoir, par delà les spoliations consommées, ils en promettent d’autres plus vastes. Après le 10 août, leurs journaux à Paris et leurs commissaires dans les départements[1] ont prêché « la loi agraire, la promiscuité des biens, le nivellement des fortunes, le droit pour chaque fraction du souverain » de se pourvoir de force aux dépens des possesseurs d’avances et de subsistances, la chasse aux riches, la proscription « des propriétaires, des gros marchands, des gens de finance et de tous les hommes à superflu ». Dès les premiers mois de la Convention, le dogme de Rousseau, « que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne », s’est étalé comme une maxime d’État, et, dans les délibérations de l’Assemblée souveraine, le socialisme affiché prend l’ascendant, puis l’empire. Selon Robespierre[2], « tout ce qui est

  1. Cf. la Révolution, tome VI, 69 à 71.
  2. Buchez et Roux, XXII, 178 (Discours de Robespierre à la Con-