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LES GOUVERNÉS


si, de parti pris, ils voulaient ruiner leur pupille ; tous les moyens connus d’anéantir une fortune, ils les ont employés contre lui. — En premier lieu, ils lui ont enlevé les trois quarts de son revenu. Pour plaire au peuple et pour appliquer la théorie, les impôts de consommation, gabelle, aides, octrois, droits sur le sel, sur les boissons, sur la viande, sur le tabac, les cuirs et la poudre, ont été abolis, et les taxes nouvelles par lesquelles on a remplacé les anciens impôts, lentement assises, incomplètement réparties, difficilement perçues, ne rentrent pas ; au 1er février 1793[1], sur la contribution foncière et mobilière de 1791, au lieu de 300 millions, le Trésor n’en avait touché que 150 ; sur la contribution foncière et mobilière de 1792, au lieu de 300 millions, il n’avait rien touché du tout. À cette date et pour les quatre années de la Révolution, l’arriéré total du contribuable montait à 632 millions : mauvaise créance, à peu près irrecouvrable, et, en fait, déjà réduite de moitié, puisque, même si le débiteur eût pu et voulu s’acquitter, il n’eût payé qu’en assignats, et qu’à cette date les assignats perdaient 50 pour 100. — En second lieu, les nouveaux gérants avaient quadruplé les dépenses publiques[2]. Équipement et promenades des

  1. Compte rendu par le ministre Clavière, le 1er février 1793, 27. — Cf. Rapport de M. de Montesquiou, 9 septembre 1791, 47 : « Pendant les vingt-six premiers mois de la Révolution, les impositions ont rendu 356 millions de moins qu’elles n’eussent dû naturellement produire. » Même déficit dans les recettes des villes, notamment par l’abolition des octrois de ce chef, Paris perd 10 millions de revenu par an.
  2. Rapport de Cambon, 3 pluviôse an III, 5 : « La Révolution et