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LA RÉVOLUTION


elles s’allongent encore en avril, et deviennent énormes en juin[1]. Naturellement, faute de pain, on se rejette sur les autres aliments, et ils enchérissent ; ainsi, quoi qu’on mange, il en coûte davantage pour manger. Joignez à cela les diverses applications et contre-coups de la politique jacobine, qui viennent, par surcroît, ajouter à la cherté des subsistances en tout genre et aussi de tous les objets nécessaires. C’est l’horrible dégradation des routes, qui rend les transports plus lents et plus coûteux. C’est la défense d’exporter le numéraire et partant de s’approvisionner à l’étranger. C’est le décret qui oblige chaque compagnie industrielle ou commerciale, présente ou future, « à verser annuellement dans le Trésor national le quart du montant de ses dividendes ». C’est la révolte de la Vendée, qui prive Paris de 600 bœufs par semaine. C’est la consommation des armées, qui mangent la moitié des bœufs amenés sur le marché de Poissy. C’est la clôture de la mer et du continent, qui achève la ruine des manufactures et du grand commerce. C’est l’insurrection de Bordeaux, de Marseille et du Midi, qui exagère encore le prix des épiceries, sucre, savon, huile, chandelles, vins et eaux-de-vie[2]. — En moyenne, dans les premiers mois de 1793, la livre de bœuf vaut,

  1. Buchez et Roux, XX, 409 (Lettre de Roland, 27 septembre 1792). — XXI, 199 (Délibération du Conseil exécutif provisoire, 3 septembre 1792). — Dauban, la Démagogie en 1793, 64 (Diurnal de Beaulieu). — Ib., 152.
  2. Schmidt, I, 110 à 130. — Décrets contre l’exportation des espèces monnayées ou des lingots, 5 et 15 septembre 1792. — Décret sur les actions ou effets au porteur, 24 août 1792.