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LA RÉVOLUTION


ceux-ci s’autorisent hypocritement d’une Constitution qu’ils ont détruite et règnent en vertu d’un titre qui leur interdit la royauté.

Eux aussi, c’est par la terreur qu’ils se soutiennent ; seulement, en leur qualité de tartufes, ils ne veulent pas faire ostensiblement leur office de bourreaux. Héritier de la Convention, le Directoire affecte de répudier son héritage. « Malheur, dit Boulay de la Meurthe, à qui voudrait rétablir les échafauds ! » Plus de guillotine ; elle a trop décrié ses fournisseurs ; on voit le flot rouge de trop près, avec trop d’horreur nerveuse contre ceux qui le versent. Mieux vaut employer la mort à distance, lente, spontanée, sans effusion de sang humain, « sèche », moins choquante que l’autre, mais plus douloureuse et non pas moins sûre ; ce sera l’internement dans les marais de Rochefort, mieux encore, la déportation parmi les fièvres de la Guyane : entre le procédé de la Convention et le procédé du Directoire, il n’y a de distance que « celle qui sépare tuer de faire mourir[1] ». D’ailleurs, toutes les brutalités qui peuvent comprimer l’indignation par l’épouvante, on les épuise, en route, sur les proscrits. — Pour le premier convoi qui emporte, avec treize autres, Barthélemy, le négociateur du traité de Bâle, Pichegru, le conquérant de la Hollande, Laffon de Ladébat, le président du Conseil des Cinq-Cents, Barbé-Marbois, le président du Conseil des Anciens, on avait d’abord préparé des berlines[2] : un

  1. Mot de Fiévée, Correspondance avec Bonaparte, I, 447.
  2. Barbé-Marbois, I, 64, 91, 96, 133 ; II, 48, 25, 83. — Dufort