Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 8, 1904.djvu/94

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LA RÉVOLUTION


« naux ; de petits marchands venus de toutes parts et approvisionnés par tous moyens, à savoir le vol, les réquisitions cédées ou vendues, l’achat des effets volés par des domestiques ou par les employés des administrations civiles, militaires et de la marine ; enfin des hommes qui, réfugiés des autres communes, passent le jour dans les cafés, et la nuit dans des lieux de prostitution ». — À Draguignan, à Brignoles, Vidauban et Fréjus, à Marseille, après Thermidor, les retours intermittents de la Terreur remettront toujours dans les places le même gibier de justice et de police[1], « des artisans, jadis utiles, mais dégoûtés du travail et que la profession de clubistes soldés, de gardiateurs oisifs, de jureurs et menteurs à gages, a totalement démoralisés », des drôles qui font argent de tout et s’entendent comme larrons en foire, accoutumés à vivre aux dépens du public, à « reverser les bien-

  1. Archives nationales, F7, 7171 (n° 7915). — Département des Bouches-du Rhône (« Idée générale, » an V). — (Lettre de Miollis, commissaire du Directoire près le département, 14 et 16 ventôse an V ; lettres du général Willot au ministre, 10 ventôse, et du général Merle au général Willot, 17 ventôse an V) : « Plusieurs sections d’anarchistes parcourent d’une commune à l’autre, pour émeuter les citoyens faibles, et les excitent à partager les horreurs qu’ils méditent. » — Ib., F7, 7164 (Lettre du général Willot au ministre, Arles, 12 pluviôse an V, avec pièces à l’appui, et notamment une lettre du directeur du jury sur les violences et le règne actuel des Jacobins dans Arles). Leur parti est « composé des plus misérables artisans et de presque tous les marins ». La municipalité, recrutée parmi les anciens terroristes, « a mis en vigueur, depuis un an, la loi agraire, la dévastation des bois, le pillage de la récolte du blé par des bandes armées sous prétexte du droit de glanage, le vol des bêtes de labour et celui des troupeaux. »