Page:Tannery - Pour l’histoire de la science Hellène.djvu/33

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été faits les divers abrégés dont nous retrouvons ainsi les traces, et dont la valeur relative peut s’apprécier par comparaison, soit avec les fragments conservés sous le nom de Théophraste, soit avec le corps des Placita philosophorum dont nous allons parler tout à l’heure. Il y a eu sans doute toute une série de pareils abrégés, composés aux dates les plus différentes jusqu’à ceux qui nous sont parvenus. Mais les premiers et les meilleurs seuls ont été directement tirés, soit des Opinions des physiciens, de Théophraste, soit de leur Épitomé originaire. Les autres ont été successivement écrits d’après des abrégés antérieurs, et la tradition s’est peu à peu corrompue jusqu’à perdre toute valeur.

3. En dehors de ces abrégés par noms d’auteurs (qui furent complétés, pour les philosophes postérieurs à Platon, au moyen de sources très diverses), il devait nécessairement arriver un moment où l’on sentit le besoin de refaire un travail semblable à celui de Théophraste, suivant un ordre méthodique analogue, mais prolongé de façon à embrasser les temps postérieurs.

Cet ouvrage, ce recueil primitif des Placita, devait, par la suite, faire oublier son modèle, mais il se trouve lui-même aussi bien perdu pour nous. En tout cas, il ne fut pas composé avant la fin de la période alexandrine ; il date donc d’une époque où le courant éclectique était déjà assez prononcé et, dès lors, son auteur ne pouvait que renoncer au plan de Théophraste, d’accompagner la mention des diverses opinions d’une critique conforme à des principes déterminés.

Les avantages d’une telle modification auraient été très grands, si le rédacteur des Placita avait compris l’importance que présentait la recherche de la liaison historique réelle entre les différentes thèses qu’il consignait dans son recueil. Mais non seulement le sens de cette liaison lui manquait absolument ; à vrai dire, il n’avait aucune des qualités que sa tâche réclamait. Là où il fallait un historien, il n’y eut qu’un banal compilateur.

Juxtaposer, purement et simplement, avec la plus complète indifférence, les affirmations les plus disparates, cela lui suffisait. Au point de vue scientifique, les résultats d’un tel procédé ne pouvaient être que déplorables.

Aristote tout le premier, Théophraste après lui, s’étaient bien fait un plaisir d’opposer les unes aux autres les opinions des anciens physiciens. Exagérer les différences, au lieu de mettre en