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PEAU-D’ÂNE

À son secours ; sa main désespérée
Meurtrit son sein, déchire ses atours ;
Elle fit tant, que ses cris de détresse
Par grand bonheur vinrent à leur adresse :
C’est un chemin qu’ils ne font pas toujours.

La fée accourt, et d’abord s’épouvante.
— « Qu’est-ce, ma fille ? » On lui conte le cas ;
Dans la magie on la disait savante ;
J’en doute fort ; elle eut parlé moins bas.
Elle conseille, encourage et console ;
Dit qu’il faut voir et payer de parole ;
Gagner du temps par quelque adroit moyen.
Là se bornait sa science profonde.
Sans être fée, on voit dans ce bas monde
De tels secrets réussir assez bien.

« — Y songez-vous ? dit la triste princesse ;
» Le roi s’obstine à m’épouser demain ;
» Fuyons ! — Où fuir ? Mieux vaut user d’adresse,
» Pour échapper à ce funeste hymen :
» Flattez le roi de vous rendre sensible ;
» Puis demandez une chose impossible,
» Quand par serment vous l’aurez enchaîné ;
» Quelque merveille, à courir tout le globe….
» Cherchons !… J’y suis : qu’il vous donne une robe
» Couleur du temps !… » C’est bien imaginé !

L’Infante alors paraît gaie et soumise,
Feint de céder, dit ses refus à bout,