Page:Termier - Marcel Bertrand, 1908.djvu/62

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et il me semblait que c’était son âme même qui lançait vers « l’azur immobile et dormant » cette plainte monotone, si expressive de tous les désirs et de toute la misère de l’humanité, l’enfantine plainte de celui qui cherche et de celui qui souffre :

 
      Vous n’avez pas voulu qu’il eût la certitude
                   Ni la joie ici-bas !


Laissez-moi vous envelopper dans le souvenir de ce « minuit d’étoiles et de rêves », ô Maître dont les éloquentes lèvres maintenant sont closes ! Pour moi, je vous entends toujours, et nous sommes plusieurs, parmi vos disciples et vos amis, qui vous entendrons jusqu’à la mort. Je voudrais, par ce portrait que j’ai tracé, vous avoir donné un peu plus de gloire et de survie ; je voudrais surtout vous avoir fait connaître aux jeunes gens qui ne vous ont pas assez connu. C’était bien le moins que je dusse faire pour vous, qui m’avez appris tant de choses, et qui avez tant agrandi ma vision du monde et ma conception de l’âme humaine. Laissez-moi vous ensevelir pieusement, par la pensée, dans cette solitude grandiose des Alpes françaises où nous avons eu de si fortes jouissances, où s’est révélé à moi pour la première fois votre génie, où, en vous écoutant, j’ai senti s’accroître, tout à coup, immensément, ma fierté d’être un homme. Vous êtes, après Celui qui les a créées, le premier qui ayez su le secret de ces Alpes ; il est donc juste que, là, vous ayez votre tombe, et que la chaîne alpine tout entière, avec ses cimes glacées et ses pitons chauves, ses vallées et ses lacs, ses forêts et ses déserts, nous apparaisse désormais comme votre mausolée. Le monument est à votre mesure, ô Maître, et je n’en sais pas d’autre qui soit vraiment digne de vous.




Notes