Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/101

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La nature prise sur le fait.

Il nous faut maintenant faire un retour sur nos pas pour savoir ce qu’il est advenu de quelques-unes de nos connaissances que nous avons laissées dans l’Hampshire, de ces honnêtes personnes dont les espérances furent si cruellement déçues en ce qui concernait l’héritage de leur vieille parente miss Crawley. Bute Crawley avait compté sur trente mille livres sterling pour sa part dans les biens de sa sœur : quel ne fut pas son désappointement lorsque, au lieu de cette somme, il dut se contenter de cinq mille livres, qui, après avoir servi à payer ses dettes et celles de son fils à l’Université, ne laissèrent pas grand’chose à partager entre ses quatre filles. Mistress Bute ne se douta jamais, ou, du moins, ne voulut jamais convenir que son humeur acariâtre et despotique avait été pour beaucoup dans la fâcheuse issue de cette affaire. Elle prenait le ciel à témoin qu’elle n’avait négligé rien de ce qu’il était humainement possible de faire pour s’assurer cet héritage. Était-ce sa faute si elle manquait de cette souplesse et de cette hypocrisie dont son neveu Pitt Crawley avait une si grande habitude ? Du reste, cette bonne créature lui souhaitait toutes sortes de prospérités possibles dans la jouissance de ce bien mal acquis.

« Cet argent du moins ne sortira pas de la famille, disait cette charitable dame à son mari. Vous pouvez bien être assuré que Pitt ne le dépensera jamais. L’Angleterre n’a jamais rien produit de plus ladre et de plus avare. C’est toujours du vice, bien que sous une autre forme que chez cet avaleur de tout bien, cet abominable Rawdon. »

Les premiers mouvements de sa mauvaise humeur une fois passés, Mistress Bute s’occupa de tirer le meilleur parti possible de la fortune délabrée à la tête de laquelle elle se trouvait. Elle adopta un large système de réforme et d’économie, apprit à ses filles à supporter leur pauvreté avec une âme patiente et résignée, inventa mille ingénieuses supercheries pour dissimuler