Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/124

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particulier ; un écusson aux armes de la famille était suspendu au-dessus de la porte principale. Deux grands laquais à la tournure solennelle, à la taille majestueuse et en livrée de deuil, ouvrirent la portée à deux battants quand la voiture s’arrêta devant les marches du perron. Rawdon devint tout rouge, Becky devint toute pâle lorsqu’ils traversèrent l’antichambre en se donnant le bras. Mistress Rawdon pressa légèrement la main de son mari en entrant dans le salon boisé où sir Pitt et sa femme attendaient leurs hôtes. Sir Pitt et lady Jane étaient vêtus de noir, et lady Southdown avait sur la tête une espèce d’échafaudage où le jais se mêlait aux plumes. Rien ne ressemblait plus à un panache de corbillard ; c’étaient les mêmes ondulations aux moindres mouvements de Sa Seigneurie.

Sir Pitt avait bien jugé de l’importance qu’il fallait attacher à ses menaces de départ. Lady Southdown était demeurée au château ; mais elle se renfermait dans le silence le plus absolu lorsqu’elle se trouvait en face du couple rebelle.

Les deux nouveaux arrivés ne se tourmentèrent pas autrement de cette froideur affectée. La douairière était bien pour eux l’un des moindres de leurs soucis ; ce qui les préoccupait beaucoup plus, c’était la réception qu’allaient leur faire le maître et la maîtresse du logis.

Pitt, avec une figure quelque peu émue, s’avança vers son frère et lui serra la main ; il fit même politesse à Rebecca et la gratifia en outre d’un profond salut. Lady Jane, prenant les deux mains de sa belle-sœur, l’embrassa très-tendrement, et ses caresses firent presque venir des larmes aux yeux de notre aventurière, marque de sensibilité d’autant plus précieuse qu’elle était plus rare chez elle. Cet accueil cordial et ouvert avait été au cœur de Becky, quant à Rawdon, encouragé par ces témoignages d’affection de la part de sa belle-sœur, il frisa sa moustache et s’octroya la permission d’embrasser lady Jane, ce qui fit singulièrement rougir cette timide jeune femme.

« Lady Jane est un petite femme diablement gentille ! telle fut l’opinion qu’il exprima sur elle en se retrouvant seul avec sa femme ; Pitt a pris trop d’embonpoint, mais au moins il fait crânement les choses.

— C’est que ses moyens le lui permettent, fit Rebecca, se rangeant à l’avis de son mari. Quant à la belle-mère, on dirait une