Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/17

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Un autre motif attirait encore M. Pitt à Brighton, c’était la présence de lady Jane de la Moutonnière. Nous avons mentionné plus haut les projets de mariage qui existaient entre les deux jeunes gens. Lady Jane habitait Brighton avec ses sœurs et sa mère la comtesse de Southdown, la femme forte de l’Évangile, avantageusement connue de toutes les personnes graves et sérieuses.

Quelques mots sont nécessaires sur cette respectable famille, mêlée aux événements de ce récit par les liens qui vont la rattacher à la famille Crawley.

La vie du chef de la famille Southdown, Clément William, quatrième comte de Southdown, n’offre aucune particularité bien remarquable. Il entra au parlement sous le patronage de M. Wilberforce ; y rendit quelques services à son parti, et on ne saurait mieux faire que de le ranger dans la catégorie dite des hommes sérieux.

Les paroles auraient peine à exprimer l’étonnement et la consternation de la vertueuse comtesse de Southdown, lorsque, après le trépas de son noble époux, elle apprit que l’héritier de la famille, son fils enfin, était membre de plusieurs clubs et avait perdu de grosses sommes au jeu, chez Wattiers et au Cocotier, qu’il avait déjà mangé une partie de son héritage, qu’il était criblé de dettes, qu’il conduisait à quatre chevaux, était commissaire dans les assauts de boxe, qu’enfin il avait une loge à l’Opéra, où il paraissait au milieu de la société la plus mal famée. Son nom était toujours accueilli par un murmure réprobateur dans le cercle de la douairière. Lady Émilie comptait quelques années de plus que son frère ; elle avait déjà pris une position éminente parmi les gens sérieux comme auteur de manuels de piété, d’hymnes spirituelles[1] et de poésies religieuses. C’était une demoiselle d’un esprit mûr et rassis qui avait jeté bien loin toute idée de mariage. Son amour pour les nègres suffisait, à lui seul, à son ardente sensibilité. La rumeur publique lui attribue un magnifique poëme dont voici le début :

Guidez-nous par delà les abîmes des mers,

En ces îles que brûle un soleil implacable,

Où sourit d’un ciel pur l’azur inaltérable,

Où de pleurs éternels le noir mouille ses fers.

Etc.… etc.… etc.…

Elle était en correspondance réglée avec les missionnaires des deux

  1. Hymne peut être du genre féminin lorsqu’il désigne les prières que l’on chante à l’église. (Note du correcteur – ELG.)