Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/220

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Miss Osborne se sentit tout émue en entrant dans cette pièce, suivie des domestiques ; elle se laissa tomber, toute pâle et presque sans connaissance, sur le lit qui avait servi autrefois à George.

« Cela va bien, mon doux Seigneur, disait à demi-voix la femme de charge ; voilà le bon vieux temps qui revient. Ah ! madame, ce pauvre petit chérubin va-t-y être bien ici ! Ce n’est pas, madame, qu’il n’y ait des gens à qui ça n’arrondira pas la figure. »

En même temps elle souleva l’espagnolette, ouvrit la fenêtre, et l’air du dehors entra à pleines bouffées dans la chambre.

« Il faudra qu’on porte de l’argent à cette femme, dit M. Osborne avant de sortir ; j’entends qu’elle ne manque de rien ; envoyez-lui d’abord cent livres. Mais seulement qu’elle ne s’avise pas de mettre les pieds ici, non morbleu ! je ne le voudrais pas pour tout l’argent qui se trouve à Londres. Cela bien entendu, je vous charge de la tenir à l’abri du besoin, et de veiller à ce que tout se passe pour le mieux. »

Après ces courtes recommandations, M. Osborne laissa sa fille pour se rendre, suivant son habitude, dans la Cité.

Le soir de ce jour-là, Amélia, en embrassant son père, lui remit entre les mains un billet de cent livres.

« Tenez, voici de l’argent, mon cher père, lui dit-elle ; puis se tournait vers sa mère qui grondait son fils : Ah ! ne soyez pas si dure avec Georgy, il ne doit plus rester bien longtemps avec nous… »

Il lui fut impossible d’en dire davantage ; elle se retira en silence dans sa chambre. Fermons discrètement la porte sur cette âme accablée par le chagrin qui cherche un refuge dans la prière. En présence de tant d’amour et de tant de douleur, le mieux est de laisser chacun à ses propres pensées.

Le lendemain, miss Osborne vint voir Amélia comme elle lui avait annoncé dans sa réponse ; cette entrevue fut pleine d’effusion et de cordialité ; un regard et quelques mots de miss Osborne suffirent pour prouver à la pauvre veuve que de ce côté, du moins, il n’y avait pas à craindre qu’on cherchât à la supplanter dans le cœur de son fils. Malgré sa froideur, miss Osborne avait le cœur sensible et bon. Sa mère n’eût peut-être pas été aussi tranquille si elle avait vu sa place remplie par une rivale plus engageante, plus jeune, plus affectueuse, plus communicative.