Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/222

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enfin elle s’était efforcée par ses paroles de lui adoucir cette séparation. Pauvre mère ! elle tenait à se persuader que son enfant avait besoin d’être consolé au moment de la séparation.

Quant à Georgy il ne songeait qu’au plaisir du changement, peu lui importait le reste ! Par mille petites remarques blessantes pour le cœur maternel, il montrait à la pauvre veuve combien peu il s’affligeait de la quitter. Il lui disait qu’il viendrait la voir sur son poney, qu’il la prendrait avec lui en voiture qu’il la conduirait au parc et qu’elle ne manquerait plus de rien. Force fut bien à la pauvre Amélia de se contenter de ces démonstrations de tendresse où perçait surtout l’égoïsme ; elle tâcha d’y voir cependant le témoignage d’une vive affection de la part de son fils. Certainement il l’aimait bien ; tous les enfants d’ailleurs en sont là : la nouveauté les entraîne, ce n’était point de l’égoïsme de sa part, c’était tout au plus du caprice. Du reste, il était si naturel que son fils eût envie de goûter des joies et de l’orgueil du monde. Elle-même par égoïsme, par une tendresse aveugle, ne l’avait-elle pas jusqu’ici privé des avantages et des jouissances auxquels il pouvait prétendre ?

C’est ainsi que la pauvre Amélia se préparait par une douleur silencieuse et contenue au départ de son enfant bien-aimé. Que de longues heures elle avait passées à tout mettre en ordre pour ce terrible moment ; George la regardait faire comme s’il eût été étranger à tout cela. Des pleurs avaient coulé sur ses malles, des cornes avaient été faites à certains passages de ses livres. Ses vieux joujoux, ses souvenirs, ses trésors d’enfant avaient été empaquetés avec un soin tout particulier, et le bambin ne montrait que la plus complète indifférence. Il souriait, l’ingrat, tandis que sa mère avait le cœur brisé. Ah ! c’est quelque chose de bien merveilleux et de presque divin que ces trésors inépuisables de tendresse qu’ont les mères pour leurs enfants !

Encore quelques jours, et Amélia a consommé le sacrifice ; le Seigneur n’a point envoyé un ange pour arracher la victime à l’autel, l’enfant maintenant jouit des grandeurs de la fortune, tandis que la veuve n’a plus d’autre compagne que sa tristesse.

Rassurez-vous cependant, l’enfant la visite souvent. Il vint la voir sur un poney, et un domestique l’accompagne ; son grand-