Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/254

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ces deux circonstances, Rawdon avait été pris et relâché avec toute espèce d’égards, et il avait été l’objet de la plus stricte politesse. Aussi Moss et le colonel étaient-ils dans les meilleurs termes l’un à l’égard de l’autre.

« Vous allez retrouver, colonel, votre ancienne chambre, et tout le reste en parfait état, disait, en homme qui sait vivre, le recors à son prisonnier. On a toujours eu soin de la tenir bien aérée et de n’y mettre que des gens comme il faut. L’avant-dernière nuit elle était occupée par l’honorable capitaine Famish, du 5e dragons. Au bout de quinze jours sa tante l’en a fait sortir ; c’était, disait-elle, pour le mettre à la raison qu’elle l’avait fourré ici. Mais, en attendant, il mettait drôlement, je vous le promets, mon champagne à la raison ; tous les soirs il y avait gala ; on arrivait de tous les clubs de la capitale et on faisait sauter crânement les bouchons de champagne ; et il venait de bons diables, je vous en réponds, et auxquels un verre de vin ne fait pas peur. Mistress Moss tient toujours sa table d’hôte à cinq heures et demie ; on fait ensuite de la musique ou l’on joue aux cartes… Dans le cas où vous voudriez bien nous faire l’honneur de votre présence…

— C’est bon, je sonnerai si j’ai besoin de vous, » dit Rawdon ; et il alla tranquillement se coucher.

Comme vieux soldat, il ne se laissait point abattre par les revers de la fortune. Un homme d’un caractère moins aguerri, et par conséquent de moins de sang-froid, aurait envoyé une lettre à sa femme au moment même où on lui mettait la main sur le collet.

« Mais, pensa Rawdon, à quoi bon aller troubler son sommeil ? elle ne s’apercevra seulement pas si je suis ou non rentré ; il sera assez tôt de la prévenir lorsqu’elle aura dormi et moi aussi. De quoi s’agit-il ? De cent soixante-dix livres ? Ce serait bien le diable si elle ne trouvait pas à décrocher quelque part cette bagatelle. »

Ce fut au milieu de ces réflexions et après avoir donné sa dernière pensée au petit Rawdon, que le colonel s’endormit dans ce lit dont le capitaine Famish avait été le dernier occupant. Il était dix heures environ lorsqu’il se réveilla. Le petit garçon aux cheveux rouges lui apporta avec une sorte de fierté enfantine un nécessaire en argent pour se faire la barbe. Le manoir de M. Moss, bien qu’ayant un aspect un peu sombre, ne manquait