Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/273

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


dit Rawdon en se rongeant les ongles. Vous le rappelez-vous, Mac, lorsqu’il venait au manége et qu’on lui faisait monter le sauteur ? comme il se tenait bien dessus !

— C’est vrai qu’il avait un petit air crâne, » reprit l’excellent capitaine.

Le petit Rawdon se trouvait pour le moment dans la chapelle de Whitefriars, au milieu d’une rangée de petits garçons en robe comme lui ; et certes il n’écoutait pas le sermon avec grande attention ; mais il pensait bien plutôt à sa sortie du samedi suivant, calculant que son père viendrait le chercher comme d’habitude et le mènerait peut-être au spectacle.

« Ce sera un fameux gaillard que ce garçon-là, continua Rawdon en pensant toujours à son fils. Vous me promettez, Mac, que, si cela tourne mal pour moi, si j’y laisse ma peau, je puis compter que… que vous irez le voir, n’est-ce pas ? Ah ! je puis dire que j’aimais bien cet enfant-là. Que voulez-vous, mon pauvre vieux ! Tenez, vous lui donnerez ces boutons d’or de ma part, c’est tout ce qui me reste. »

Il se couvrit la face de ses deux larges mains, et les larmes en tombant sur ses joues y traçaient un sillon brûlant. M. Macmurdo, que l’émotion gagnait aussi, ôta son foulard de soie et s’en servit pour essuyer ses yeux.

« Descendez et faites-nous préparer à déjeuner, dit-il à son domestique. Que voulez-vous, Crawley ? des oignons et des sardines ? Commandez. Clay, vous allez donner des habits au colonel ; nous avons toujours été tous les deux de la même taille. Mon vieux Rawdon, il n’y avait pas d’aussi fins cavaliers que nous, lorsque nous sommes entrés au régiment. »

Macmurdo se tourna alors contre le mur, et, reprenant la lecture de son journal, laissa Rawdon à sa toilette, pour commencer la sienne lorsque son ami aurait terminé.

Comme il s’agissait d’un lord, le capitaine Macmurdo apporta un soin particulier à cette opération. Il cira ses moustaches, leur donna le brillant des jours de fête, mit une cravate empesée et son plus beau ceinturon de buffle. Les jeunes officiers, en le voyant arriver pour le déjeuner dans un si brillant costume, lui en firent leur compliment, et lui demandèrent s’il allait se marier et si Crawley était son témoin.