Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/333

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d’aimable. Jos avait réellement du plaisir à serrer la main de son père, malgré le refroidissement passager qu’avaient amené entre eux les entreprises commerciales. Il était enchanté de voir sa sœur, si charmante dans le temps où le chagrin n’avait pas encore chassé le sourire de ses lèvres, et il suivait avec peine les rides profondes que l’indigence, le malheur et les années avaient marquées dans les traits de ce vieillard, traversé par de si cruelles épreuves. Emmy, allant au-devant de son frère jusqu’à la porte, lui avait glissé quelques mots à l’oreille pour lui apprendre la mort de leur mère et lui recommander de n’en point parler devant le vieux Sedley. Précaution inutile ! ce fut là le premier sujet par lequel débuta le vieux Sedley, et il versa d’abondantes larmes. L’émotion fut contagieuse pour le fonctionnaire de la compagnie des Indes, et ce spectacle lui inspira de plus sérieuses réflexions qu’il n’était habitué à en faire.

Le résultat de cette entrevue fut on ne peut plus satisfaisant sans doute, car lorsque Joseph fut remonté dans sa chaise de poste pour se faire conduire à son hôtel, Emmy embrassa tendrement son père et lui demanda avec un air de triomphe si elle n’avait pas eu raison de lui soutenir que son frère avait un excellent cœur.

Jos Sedley, touché en effet de la misérable position de ses parents, leur déclara, au milieu des premiers épanchements du cœur, qu’il voulait sans plus de retard les soustraire à la gêne et au besoin, que pendant tout le temps qu’il allait passer en Angleterre, et il ne prévoyait pas qu’il dût en partir de sitôt, il mettait à leur disposition et sa maison et ce qu’il possédait. Amélia ferait à merveille les honneurs de sa table jusqu’au moment où elle deviendrait en son propre nom maîtresse de maison.

En entendant ces paroles, la pauvre femme laissa tristement tomber sa tête sur sa poitrine, puis les larmes commencèrent à arriver en abondance ; elle avait bien saisi le sens caché sous ces paroles. Elle avait causé longuement à ce sujet avec sa jeune confidente miss Mary, le même soir de la visite du major. L’indiscrète Polly avait fait une découverte qu’elle ne put garder pour elle, et dont elle s’empressa de faire part à Amélia. Elle lui raconta le tressaillement, le frisson de joie qui avaient trahi Dobbin au moment où, M. Binney passant à côté d’eux avec