Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/345

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


et à leurs femmes ; et comme de juste, dans ces dîners, on ne parlait guère que de l’Inde. Ne vous imaginez pas, toutefois, que ce sujet présente quelque chose de bien neuf et de bien original ; la comédie humaine est toujours à peu près la même partout !

Avant peu, Amélia eut un carnet de visite, et une grande partie de sa journée se passa régulièrement à aller voir les femmes des hauts dignitaires qui avaient exercé dans les présidences de Bombay, de Calcutta et de Madras. Nous nous habituons bien vite, en général, aux changements qui surviennent dans notre existence. C’est ainsi qu’Amélia fut bientôt rompue à cette vie. La voiture allait tous les jours faire sa tournée ordinaire, et le petit groom en livrée ne faisait que quitter le siége et y remonter, déposant à chaque porte les cartes de Jos et d’Amélia. À de certaines heures, Emmy allait prendre Jos à son club pour aller ensuite se promener au grand air, ou bien elle emmenait le vieux Sedley et le conduisait à Regent-Park. Au bout de quelque temps, elle avait aussi bien pris son parti de sa femme de chambre et de sa voiture, de son carnet et de son groom, que naguère de l’humble existence qu’elle menait à Brompton, et elle s’accommodait aussi bien de l’un que de l’autre. Sa destinée lui aurait donné une couronne de duchesse qu’elle ne se serait pas moins bien tirée du rôle qu’elle aurait eu à jouer.

Parmi les femmes de la société de Jos, chacune s’accordait à dire que c’était une charmante jeune femme qui n’avait peut-être pas beaucoup de ressources en elle, mais qui, au demeurant, était charmante. Qui aurait pu dire autrement ?

Les hommes aimaient en elle sa bonté simple et naturelle, sa candeur et la franchise de ses manières. Les jeunes élégants qui venaient passer à Londres le temps de leur congé, les lions de la mode, aux chaînes d’or étincelantes, aux moustaches retroussées, qui sur la banquette de leur cab éblouissaient les passants, qui hantaient les plus riches hôtels du quartier aristocratique ; eh bien ! ces lions de la mode admiraient mistress Osborne, aimaient galoper dans le parc aux portières de sa voiture ou à être admis à l’honneur de lui dire une visite du matin. Swankey, officier dans les gardes du corps, un lovelace de la plus dangereuse espèce, le plus grand garnement de toute l’armée des Indes, fut un jour surpris par le major Dobbin