Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/363

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aux voitures. Il est facile de reconnaître la voiture de milord Mathusalem, l’équipage, le briska et le fourgon de milord Ranauer, que le propriétaire aurait avec empressement troqué contre de l’argent. Où milord avait-il pu trouver des ressources suffisantes pour subvenir aux frais de ce voyage ? Les enfants d’Israël pourraient bien nous l’apprendre, et nous dire aussi combien milord a d’argent en poche, à quel taux et qui le lui a procuré. Restait encore une voiture de voyage, très-propre, très-commode qui devint, à son tour, le sujet des investigations de ces messieurs.

« À qui cette voiture-là ? demanda l’un des laquais, qui avait des bottes à revers et des boucles d’oreille, à un autre qui avait des boucles d’oreille et des bottes à revers.

— C’est à Kirsch, je bense ; je l’ai bu tout à l’heure qui brenait des sangviches dans la boiture », dit le laquais avec un accent franco-teutonique.

Kirsch, qui était en ce moment dans le voisinage à donner des instructions mêlées de jurons polyglottes aux hommes de l’équipage, sur la manière de ranger les bagages des passagers, arriva pour mettre au fait ses confrères de l’écurie. Il leur apprit que la voiture appartenait à un nabab de Calcutta et de la Jamaïque, excessivement riche, et au service duquel il avait entrepris ce voyage. En ce moment, un tout jeune homme, qui venait d’escalader la muraille formée par les caisses et les coffres, était grimpé de là sur la voiture de lord Mathusalem et, à travers cette route périlleuse, avait fini par arriver, de voiture en voiture, jusqu’à la sienne, où il avait pénétré par la portière aux grands applaudissements des spectateurs.

« Nous allons avoir une fort belle traversée, monsieur George, dit Kirsch en lui faisant une aimable grimace et en tortillant son chapeau galonné.

— Allez au diable avec votre français, dit le jeune homme, et dites-moi plutôt où sont les biscuits ? »

Là-dessus Kirsch lui répondit en Anglais, ou tout au moins dans un idiome approchant, car bien qu’il possédât une teinture de toutes les langues, Kirsch cependant n’en possédait aucune assez bien pour pouvoir la parler avec facilité et correction.

Ce jeune homme à la voix impérative et dont l’estomac criait si fort la faim, malgré un copieux déjeuner qu’il venait de faire trois heures auparavant à Richmond, ce jeune homme, disons-nous,