Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/347

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il lui donna un libre cours, à la grande surprise des passants.

« Eh bien ! où est-il donc, notre grand flandrin de capitaine, s’écria mistress la major O’Dowd en regardant autour d’elle, est-ce qu’il saigne encore du nez ? Il dit toujours qu’il saigne du nez ; il finira par avoir cet organe totalement dépourvu de sang… N’est-ce pas, O’Dowd, que les magnolias de Glen-Malony sont bien aussi larges que des chaudrons ?

— Oh ! certainement, Peggy, et même plus larges, » reprit le major toujours prêt à certifier les assertions de sa femme.

Cette charmante conversation fut interrompue par l’arrivée de l’officier, qui a fait son apparition quelques lignes plus haut.

« Le beau cheval ! dit George ; qui est-ce qui le monte ?

— Que serait-ce, si vous voyiez la bête de mon frère Molloy Malony, qui a gagné une coupe ciselée à Curragh, » s’écria la femme du major, reprenant son histoire de famille à un autre chapitre.

Son mari, par extraordinaire, l’arrêta tout court.

« Je ne me trompe pas, dit-il, c’est le général Tufto qui commande la ***e division de cavalerie. Puis il ajouta tranquillement : nous avons, lui et moi, reçu un coup de feu à la même jambe au siége de Talavera.

— C’est ce qui vous a fait marcher, dit George en riant. Le général Tufto ! ajouta-t-il ensuite en se tournant vers Amélia, ma chère, les Crawley ne doivent pas être loin. »

Amélia sentit un vertige et manqua se trouver mal sans savoir pourquoi. Le soleil lui parut moins brillant, la ville moins curieuse et moins pittoresque. Et cependant le ciel était illuminé par les derniers feux au couchant, et il faisait une des plus belles journées de la fin de mai.