Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/397

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lady Bareacres et sa fille, qui étaient assises toutes deux dans leur voiture, sous la porte cochère de leur hôtel, leurs malles chargées sur l’impériale ; elles n’avaient comme Jos d’autre obstacle à leur fuite que le manque de chevaux.

Mistress Rebecca Crawley habitait le même hôtel que ces dames, et, jusqu’à cette époque, elles s’étaient efforcées de part et d’autre à se prouver, dans leurs moindres rapports, combien elles se détestaient. Si, par hasard, milady Bareacres rencontrait mistress Crawley dans l’escalier, aussitôt elle détournait la tête avec affectation. Toutes les fois qu’on prononçait devant elle le nom de sa voisine, elle avait mille petites infamies à raconter sur sa conduite. La comtesse ne pouvait digérer les familiarités du général Tufto avec la femme de l’aide de camp, et lady Blanche la fuyait comme si c’eût été la peste ou la vermine. Le comte seul échangeait volontiers quelques paroles avec elle toutes les fois qu’il pouvait échapper à la surveillance de ces dames.

Rebecca allait pouvoir enfin se venger de tant d’outrages. Tout l’hôtel savait que les chevaux du capitaine Crawley étaient restés à l’écurie. Et, dès le commencement de l’alerte, lady Bareacres avait daigné envoyer à Rebecca sa femme de chambre pour lui présenter ses compliments et lui demander le prix qu’elle voulait de ses chevaux.

Mistress Crawley lui retourna ses compliments dans un billet où elle lui faisait savoir qu’il n’était pas dans ses habitudes de traiter avec des femmes de chambre.

À la suite de cette brève réponse, le comte en personne fut dépêché auprès de Becky, mais son ambassade n’obtint pas plus de succès que la précédente.

« M’envoyer une femme de chambre, à moi ! s’écriait mistress Crawley simulant la fureur. Pourquoi lady Bareacres ne m’a-t-elle pas fait dire tout de suite de mettre les chevaux à sa voiture ? Est-ce milady ou sa femme de chambre qui veut prendre la fuite ? »

Telles furent les seules paroles que le comte put arracher à mistress Crawley, et qu’il alla reporter à la comtesse.

Mais à quoi la nécessité ne peut-elle nous réduire ? Après ce second échec, la comtesse alla trouver elle-même mistress Crawley ; elle la supplia de lui céder ses chevaux, lui promit de les payer ce qu’elle voudrait, s’engageant même à recevoir Becky à