Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/399

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Joe apercevant Rebecca toute rayonnante de son triomphe sur son ennemie humiliée, se dirigea aussitôt de son côté. Sa grosse figure pâle et effarée trahissait assez le secret de son âme. Lui aussi voulait fuir, et cherchait à s’assurer les moyens de retraite.

« Il veut m’acheter mes chevaux, pensa Rebecca ; je garderai pour moi ma jument et lui vendrai les deux autres. »

Joe, s’adressant à sa chère amie, lui répéta la question qu’il faisait pour la centième fois depuis une heure :

« Connaissez-vous des chevaux à vendre ?

— Eh quoi ? dit Rebecca en riant, vous songez à fuir, monsieur Sedley, vous, le champion, le défenseur des dames ?

— Je ne suis pas un militaire, balbutia Joe d’une voix étouffée.

— Et Amélia, que deviendra-t-elle, qui protégera cette pauvre petite sœur, demanda Rebecca ; vous ne voulez pas l’abandonner, je suppose.

— À quoi bon puis-je lui servir, si l’ennemi se présente ? On ne lui fera aucun mal ; tandis que mon domestique m’a dit qu’ils avaient juré, les lâches, de ne point faire de quartier aux hommes.

— C’est affreux ! fit Rebecca fort divertie de ses terreurs.

— Et d’ailleurs, je ne veux point l’abandonner, s’écria cet excellent frère ; non, elle ne sera point abandonnée, car il y a une place pour elle dans ma voiture, et une autre pour vous, ma chère mistress Crawley, si vous voulez venir, et si je puis trouver des chevaux, soupira-t-il.

— J’en ai deux à vendre, » reprit son interlocutrice.

Joe se serait volontiers jeté dans les bras de Rebecca.

« Préparez la voiture, Isidore, s’écria-t-il ; je les ai trouvés, je les ai trouvés.

— Mes chevaux n’ont jamais été attelés, observa mistress Crawley ; Tintamarre mettra votre voiture en pièces s’il sent seulement le brancard.

— Mais au moins est-il facile à monter ? demanda notre héros pacifique.

— Doux comme un agneau et rapide comme un lièvre, répondit Rebecca.

— Croyez-vous qu’il soit assez fort pour me porter ? » dit Joe.