Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/89

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empruntait la philosophie du renard de la fable devant une treille trop élevée.

Après avoir passé Shiverly-Square, la voiture s’arrêta dans Great-Gaunt-Street, devant une grande et sombre maison, encaissée entre deux autres d’aussi lugubre apparence. Chacune portait un écusson au-dessus de la principale croisée, comme on en voit presque toujours aux maisons de Great-Gaunt-Street, où la mort, sans doute attirée par la tristesse du lieu, semble avoir élu domicile à perpétuité. Les volets des fenêtres du premier étage étaient fermés ; ceux de la salle à manger, à moitié entr’ouverts, laissaient voir de vieux journaux enveloppant précieusement les cuivres des fenêtres.

John le cocher, envoyé seul pour conduire la voiture et peu soucieux de descendre pour aller sonner, réclama ce service d’un petit gamin qui passait. La sonnette s’ébranla, une tête se montra aux volets entre-bâillés de la salle à manger, et la porte s’ouvrit pour laisser passer un homme en culotte de drap commun, en grosses guêtres, avec une vieille veste tachée, une vieille cravate d’une couleur équivoque, enroulée autour d’un cou velu, ayant la tête chauve et lisse, une face rubiconde et niaise, des yeux gris et brillants, une bouche toujours grimaçante.

« Est-ce ici la maison de sir Pitt Crawley ? demanda John de son siége.

— Oui, dit l’homme de la maison avec un signe affirmatif.

— Avancez ici pour enlever ces paquets, dit John.

— Enlevez-les vous-même, dit le portier.

— Vous ne voyez donc pas que je ne puis laisser mes bêtes ? Allons, allons, mon brave, la main à la besogne ; la demoiselle vous donnera quelque chose pour la peine, » dit John avec un gros rire.

Miss Sharp ne pouvait prétendre aux égards de cet homme ; ses rapports avec la famille des Sedley allaient en rester là, et les domestiques n’avaient rien reçu d’elle à son départ.

Le bonhomme chauve sortit les mains des poches de sa culotte ; puis, obéissant à l’injonction du cocher, il chargea la malle de miss Sharp sur son épaule et l’entra dans la maison.

« Prenez encore ce panier et ce châle, et ouvrez-moi la porte, dit miss Sharp en descendant de voiture toute courroucée.