Page:Tharaud - Dingley.djvu/181

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arrêtèrent leurs regards sur cette image, curieux de deviner les paroles que pouvaient se dire en cet instant ces deux hommes, lequel sut percer le silence par où la photographie la plus humble participe, en quelque degré, à la beauté du mystère ?

C’était l’heure où une population dégradée, Anglais, Allemands, Hollandais, Italiens, Cafres, Matabélés, force des villes neuves, s’enivrait pour la nuit. Dingley quittait l’Afrique, Rhodes était venu lui serrer la main.

— Vous souvenez-vous, Dingley, lui dit-il, des années que nous avons passées à Oxford, et quel pauvre fellow j’étais ?

— Oui, répondit le romancier, j’ai bien souvent pensé à nos années de collège. Vous étiez le plus terne, le plus ennuyeux des camarades ! Qui diable vous aurait cru du génie ?

— Vous croyez au génie ? répliqua Rhodes. Voilà bien une idée de littérateur ! Il n’y a pas d’hommes de génie, il y a des hommes à bonheur. J’ai été un homme