Page:Tharaud - Dingley.djvu/31

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esprit tout frémissant de ce qu il avait vu dans la journée mit à la voile vers le passé.

Au-dessous de lui, dans cette brume jadis peuplée d’oiseaux marins, montaient les cris des vendeurs de journaux. Le meuglement des sirènes retentissait comme autrefois les trompes des rois fabuleux de la mer. Du lointain des âges accouraient les ancêtres barbares. Celtes, Saxons, Normands remontaient le fleuve, chacun apportant son secret : les uns, le sentiment du mystère ; les autres, l’amour de l’aventure. Et tous ces peuples s’étaient mêlés, confondus dans ce brouillard. Oiseaux de tempêtes qui crient dans les vents du Nord.

Pour moi, comme pour eux, pensait-il, pas plus de limite entre le réel et l’irréel, le possible et l’impossible, que de barrières dans le ciel. Races de milans et de corbeaux ! Les marchandises, dans le ventre de ces navires qui vont et viennent sur le fleuve, sont du pillage comme celles qu’emportaient jadis les Wikings. Seules les formes du pillage sont différentes aujourd’hui de