Page:Tharaud - Dingley.djvu/35

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cependant ils ont vaincu les plus vaillantes troupes du monde.

— Pouvez-vous croire, mon ami, que votre homme deviendra meilleur à massacrer de malheureux paysans ? La guerre fait des héros avec ceux qui ont le cœur naturellement bien placé ; mais j’imagine que chez les autres, elle ne développe le plus souvent que des instincts de brute.

— Idée de clergyman ou de Français, ma chère ! Un homme est un héros pour moi du moment qu’il travaille à une œuvre puissante. Eh ! sans doute, mon voyou ne sera jamais un gentleman. Mais sur ses instincts de brute, comme vous dites, se bâtit l’Empire.

Mistress Dingley avait hérité de ses aïeux français, émigrés au dix-septième siècle en Louisiane, un sentiment mesuré de toutes choses. La très grande admiration qu’elle avait pour son mari ne l’aveuglait pas cependant sur les limites de son génie. Il était né pour enchanter l’imagination des hommes, non pour philosopher sur la guerre.