Page:Tharaud - Dingley.djvu/48

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ivresse ! Dans ses mains il sentait frémir le corps de son petit garçon. Et avant de reposer sur le pont cet enfant dont il était fier comme de l’œuvre la plus vivante qu’il eût jamais écrite, il le serra sur son cœur avec l’impression sublime d’embrasser sa propre gloire.

Mais que des voix s’éteignent vite ! Que c’est peu de chose une foule, une côte, un pays ! Quelques tours d’hélice, et tout cela disparaît, s’efface, comme s’il n’avait jamais été.

Déjà la côte d’Angleterre n’était plus dans l’éloignement qu’une ligne brillante et recourbée comme une lame de faux. Dingley s’attardait à regarder cette disparition des choses avec l’amertume de l’homme qui n’a déjà plus sa jeunesse et la tristesse qui suit toujours les grandes minutes d’exaltation, lorsque son fils, le tirant par la main, l’arracha à ces rêveries où il n’aimait guère à glisser. L’enfant voulait qu’il lui montrât la machinerie du navire.

Tous les deux, ils descendirent jusqu’aux