Page:Tharaud - Dingley.djvu/52

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Le temps que le romancier ne donnait pas au travail, il l’employait à causer avec ceux des passagers qui lui semblaient nutritifs. En général il se méfiait de ses compatriotes, admirables dans l’action, mais les plus ennuyeux causeurs. Cependant, beaucoup de ces gens qui se balançaient dans leur rocking et qui, à l’heure du dîner, pelaient paisiblement une poire ou raclaient un fromage, ne manquaient pas d’intérêt. Beaucoup avaient parcouru le monde, les uns en quête d’aventure, les autres par devoir professionnel. Il y avait là Melton Prior, une vieille connaissance à lui, qui depuis plus de quarante ans faisait pour les grands Illustrés le métier de correspondant de guerre. On l’avait vu chez les Achantis, dans les Sierras espagnoles au temps de l’insurrection carliste, en Herzégovine, en Serbie, en Turquie, au Basoutoland, au Zoulouland, en Egypte, au Soudan, en Birmanie, au Vénézuelua, en Argentine ; il avait pris part au raid Jameson, à la guerre du Matabéléland, à la campagne des Afridis ;