Page:Thibaudet - La Poésie de Stéphane Mallarmé.djvu/207

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CHAPITRE II

LES MÉTAPHORES

La métaphore était un des tropes de l’ancienne rhétorique, et son nom a participé à leur discrédit. Pour qu’elle soit bonne il faut en effet qu’elle contredise ce nom, que le « transport » n’y soit pas apparent, et que la figure paraisse née spontanément, par une nécessité et une préformation, de l’objet qui la comporte : l’unité remplace la dualité, il y a image seule et non métaphore. L’image ainsi entendue est pourtant à la métaphore ce que l’enthymème est au syllogisme, une simplification rapide qui n’en laisse pas moins voir la trame.

Pensant par analogie, Mallarmé appartient à la classe des esprits pour qui les comparaisons sont des raisons. Il les comprend comme des explications, précisément parce qu’elles impliquent en elles-mêmes des raisons. Si on y voit une association, c’est qu’à tort on les a précédemment dissociées. Entre le signe et ce qu’il signifie, l’image et ce qu’elle figure, existe une harmonie préétablie, l’accord d’une logique intime. Le théâtre, rouge, vide, c’est — rempli par quelles médiocrités ! — « le trou magnifique ou l’attente, qui, comme une faim, se creuse chaque soir, au moment où brille l’horizon, dans l’humanité — ouverture de gueule de la Chimère mécon-