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CHAPITRE IV

UN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD

A qui n’a pas cette œuvre sous la main, je n’en puis donner que des citations très infidèles : Mallarmé a voulu, pour ce poème, une esthétique visuelle, typographique, bâtie par la différence des caractères, l’ampleur des blancs, la dimension des lignes, toute l’architecture de la page. On ne saurait reproduire ici cette partition de mots.

A la typographie, part essentielle du poème, Mallarmé avait mis des soins méticuleux. Il avait fait des recherches dans les imprimeries pour les caractères appropriés, les avait trouvés enfin chez Didot. Quand il mourut, il venait de corriger les épreuves d’une belle édition in-folio qui ne parut pas[1] et que remplace tant bien que mal l’édition actuelle.

Et puis, Un Coup de Dés est bien l’œuvre mallarméenne, obscure par excellence. Nordau, s’il l’avait connue lorsqu’il écrivit Dégénérescence, y aurait vu un type parfait de graphomanie et une écriture typique d’aliéné. Des critiques qui parlent de ses poèmes avec la plus grande admiration estiment que, lorsque Mallarmé l’écrivit, son esprit se dérangeait. Lui-même,

  1. L’éditeur vendit alors ces épreuves définitives, avec quatre lithographies d’Odilon Redon qui devaient accompagner le poème, à un amateur, je ne sais qui.