Page:Tinayre - La Maison du péché, 1902.djvu/108

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indulgent… J’ai des amis. Et je serais le plus fortuné des hommes si…

— Si… quoi ?

— Si je trouvais une femme, une vraie femme, une femme à moi, comprenez-vous ?

— Ce n’est pas difficile à trouver, Barral. Il y a tant de femmes !

— Ma pauvre amie !… Si vous saviez !… « Tant de femmes !… » Pas une sur cent, pas une sur mille !… Il n’y a rien de plus rare qu’une vraie femme, ma chère Fauny. D’un côté les « régulières », l’armée des régulières, épouses, fiancées, mères et sœurs… De l’autre coté, les révoltées, les réfractaires et… les commerçantes de l’amour. Ma situation m’interdit l’approche des régulières : les jeunes filles m’ennuient, et, quant aux femmes mariées, elles ressemblent plus ou moins à ma propre femme, et cela suffit à m’en dégoûter… Donc, ne parlons pas des régulières. Que reste-t-il ?

— Les autres… les « commerçantes ».

— Ma foi, il y a de bonnes filles dont je reconnais les mérites. Elles peuvent me donner ce que je leur demande, mais je ne leur demande que ce qu’elles peuvent donner : pas grand’chose… Et, franchement, ça ne me suffit pas. Car, si je ne suis pas un sentimental, je ne suis pas davantage…

— La brute des âges primitifs ?

— Je suis un homme, Fanny, et je cherche une femme… non pas une anémique et prétentieuse marionnette que je casserais en la touchant ; non pas un inconscient animal de volupté : une femme, un être jeune, beau, robuste, avec du sang au cœur et aux