Page:Tite Live - Histoire romaine (volume 1), traduction Nisard, 1864.djvu/44

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et son habileté à la rendre forte, par le parti qu’il savait tirer, soit de la paix, soit de la guerre. Cette force, qu’elle recevait de son fondateur, Rome en usa si bien, que, depuis ces premiers progrès, sa tranquillité, pendant quarante ans, ne fut jamais troublée. Romulus fut cependant plus cher au peuple qu’au sénat ; mais il était surtout aimé des soldats. Il en avait choisi trois cents, qu’il appelait Célères, pour garder sa personne, et il les conserva toujours, non seulement durant la guerre, mais encore pendant la paix.

Après ces immortels travaux, et un jour qu’il assistait à une assemblée, dans un lieu voisin du marais de la Chèvre, pour procéder au recensement de l’armée, survint tout à coup un orage, accompagné d’éclats de tonnerre, et le roi, enveloppé d’une vapeur épaisse, fut soustrait à tous les regards. Depuis, il ne reparut plus sur la terre. Quand l’effroi fut calmé, quand à l’obscurité profonde eut succédé un jour tranquille et pur, le peuple romain, voyant la place de Romulus inoccupée, semblait peu éloigné de croire au témoignage des sénateurs, lesquels, demeurés près du roi, affirmaient que, pendant l’orage, il avait été enlevé au ciel. Cependant, comme si l’idée d’être à jamais privé de son roi l’eût frappé de terreur, il resta quelque temps dans un morne silence. Enfin, entraînés par l’exemple de quelques-uns, tous, par acclamations unanimes, saluent Romulus, dieu, fils de dieu, roi et père de la ville romaine. Ils lui demandent ; ils le conjurent de jeter toujours un regard propice sur sa postérité. Je suppose qu’il ne manqua pas alors de gens qui accusèrent tout bas les sénateurs d’avoir déchiré Romulus de leurs propres mains ; le bruit même s’en répandit, mais n’acquit jamais beaucoup de consistance. Cependant l’admiration qu’il inspirait, et la terreur du moment, ont consacré le merveilleux de la première tradition.

On ajoute que la révélation d’un citoyen vint fortifier encore cette croyance. Tandis que Rome inquiète déplorait la mort de son roi, et laissait percer sa haine contre les sénateurs, Proculus Julius, autorité grave, dit-on, même à propos d’un fait aussi extraordinaire, s’avança au milieu de l’assemblée, et dit : "Romains, le père de cette ville, Romulus, descendu tout à coup des cieux, m’est apparu ce matin au lever du jour. Frappé de terreur et de respect, je restais immobile, tâchant d’obtenir de lui, par mes prières, qu’il me permît de contempler son visage : "Va, dit-il, annoncer à tes concitoyens que cette ville que j’ai fondée, ma Rome, sera la reine du monde ; telle est la volonté du ciel. Que les Romains se livrent donc tout entiers à la science de la guerre ; qu’ils sachent, et après eux leurs descendants, que nulle puissance humaine ne pourra résister aux armes de Rome." À ces mots, continua Proculus, il s’éleva dans les airs. Il est étonnant qu’on ait si facilement ajouté foi à un pareil discours, et aussi combien la certitude de l’immortalité de Romulus adoucit les regrets du peuple et de l’armée.

Cependant l’ambition du trône et les rivalités agitaient le sénat. Nul, parmi ce peuple nouveau, n’ayant encore de supériorité constatée, les prétentions ne s’élevaient pas encore entre les citoyens ; la question se débattait entre les deux races de peuple. (2) Les Sabins d’origine, qui depuis

beno ac pace flrmandæ. Ab illo cnim profectu viribus datis tantum valait, ut in qnndraginta deinde annos fu’am pacem haberet. Mullitudini ta mon gratior fuit,quam Patribus ; longe ante alios acceptissitnus militum animis : trecentosque armatos ad custodiam corporis, quos Celeres appeltavit, non in bello solum, sed etiani in pace, babuit.

XVI. Hisimmortalibuseditis operibus, quum ad exercitnm recenseqdum concionem in campo ad Capræ pnlndem haberet, subito coorta tempestas cum magno fragore tonitribusque tam denso re ?em operuit nimbo , ut eonspeclum cjus concioni abstulerit. Nec deinde in terris Romulus fuit. Romana pubes, sedato tandem pavore, postquam ex tam turbido die serena et tranquilia lux rediK, ubi va cnn ni sedem regiam vidit, etsi salis credebnt Patribus, qui proximi steterant, sublimem raptum procella ; tameti velut orhUatis metu cU , mœstum aliquamdiu silcntiumobiimiit. Deinde,apaucisinitiofacto, deurn deo nature, regem, parentemque urbis romnnæ salvere universi Rnmulum jutent : pacem precibus exposcuut, uti volens propitius suam semper sospitet progeniem. Fuisse credo lum quoque aüquos, qui discerptuni regern Patrum manibus taciti arguèrent : manavit enim ba’c quoque, sed perobscura , fama. Illam alteram adiniratio viri et pavor præsens nobilitavit. Consilio etiam onius hi>minis addita rei dicitnr fides. Namque Proculos Julius, sollicita civitate desiderio regis , et infensa patribus, gravis, ut traditur, quarmis m<>gnæ rei auctor, in concionern prodit. ■ Romulus, inquit,Quirites, pareils urbis hujus, prima hodierna luce cœlo repente delapsus, se mihi obviuni dédit. Quum, perfusas liorrore venerabundusqueas titissem, petens precibus, uî coutra intueri fas esset : • Abi, nuntia, iuquit, Romanis, cœlestcs ita velle. ut mea Roma caput orbis terrarum sit : proiude rem militarem cotant ; scinntque, et ita posteris tradant, nullas opes humanas armisromanis resistere posse.» Hæc, inquit, locutus. sub-Jimis abiit. » Mirum , quantum illi viro, nuntianti hæc, fidei fuerit ; qtiamque desiderium Romuli apud plebem excrcitumque, facta fîde immortalitatis, lenitum sit.

XVII. Patruin intérim animos ccrtamen regni ac cupido versabat. Necdimi ad singulos, quia nemo magnoperc cminebat in novo populo, pervenerat : factionihus inler ordincs ccrtabatur. Oriundi ab Sabinis, ne, quia post Tatii mortem ab sua parte non erat regnatura, in