Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/158

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


salle. Il savait qu’elle ne chantait plus depuis sa maladie, c’est pourquoi le son de sa voix l’étonna et le réjouit. Il ouvrit doucement la porte et aperçut Natacha en robe lilas, celle qu’elle avait à la messe : elle marchait dans la chambre en chantant. Quand il ouvrit la porte elle marchait le dos tourné vers lui, mais quand elle se retourna et aperçut le visage étonné de Pierre, elle rougit et s’approcha de lui rapidement.

— Je veux essayer de me remettre à chanter, dit-elle. C’est malgré tout un passe-temps, ajouta-t-elle comme pour s’excuser.

— C’est très bien.

— Comme je suis contente que vous soyez venu ! Je suis aujourd’hui si heureuse ! dit-elle avec une animation que Pierre n’avait pas vue en elle depuis longtemps. Vous savez, Nicolas a reçu la décoration de Saint-Georges. J’en suis si fière pour lui.

— Comment donc, c’est moi qui ai envoyé l’ordre. Mais je ne veux pas vous déranger, ajouta-t-il ; et il voulut passer au salon. Natacha l’arrêta.

— Comte ! Est-ce mal que je chante ? Elle rougit mais ne baissa pas les yeux, le regardant interrogativement.

— Non… pourquoi ?… Au contraire… Mais pourquoi me demandez-vous cela ?

— Je ne le sais pas moi-même, mais je ne voudrais rien faire qui vous déplût, répondit hâtivement Natacha. J’ai une entière confiance en vous.