Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/169

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comte Rostov, malgré son jeune âge, désirait servir la patrie, que la jeunesse ne pouvait être un obstacle au dévouement et qu’il était prêt… Pendant que Pétia se préparait, il avait beaucoup de belles paroles à dire au chambellan.

Pétia comptait sur le succès de sa démarche près de l’empereur, précisément parce qu’il était un enfant (Pétia pensait même que tous seraient étonnés de sa prouesse), et en même temps, dans l’arrangement de son col, de sa coiffure et par son allure grave et modérée, il voulait se vieillir. Mais plus il marchait, plus il était distrait par la foule toujours croissante près du Kremlin, et plus il oubliait d’observer la lenteur propre aux hommes mûrs. En approchant du Kremlin il commença déjà à se soucier de n’être pas étouffé, et, résolument, l’air menaçant, il écarta ses coudes. Mais dans les portes Troïtzky, malgré son air résolu, les personnes qui probablement ne savaient pas avec quelles intentions patriotiques il allait au Kremlin, le serrèrent tant contre le mur, qu’il dut s’arrêter pendant que les voitures franchissaient les portes au milieu du bruit de la foule. Près de Pétia, il y avait une femme avec un valet, deux boutiquiers et un soldat retraité. Après être resté un moment près de la porte, Pétia, sans attendre que toutes les voitures fussent passées, voulut se mettre devant les autres et il se campa résolument les coudes en travers. Mais la femme qui était près de lui et