Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/255

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Eh bien ? dit Napoléon.

Un cosaque de Platow. Il dit que le corps de Platow s’unit à l’armée et que Koutouzov est nommé général en chef. Très intelligent et bavard.

Napoléon sourit, ordonna de procurer un cheval au cosaque et de le lui amener. Il désirait causer avec lui personnellement. Quelques aides de camp se hâtèrent, et, une heure après, le domestique de Denissov, cédé par celui-ci à Rostov, Lavrouchka, en veste de brosseur, sur une selle de cavalerie française, le visage rusé, joyeux et aviné, s’approcha de Napoléon. Napoléon le fit placer près de lui et l’interrogea.

— Vous êtes cosaque ?

— Cosaque, votre seigneurie.

« Le cosaque, ignorant la compagnie dans laquelle il se trouvait, car la simplicité de Napoléon n’avait rien qui pût révéler à une imagination orientale la présence d’un souverain, s’entretint avec la plus extrême familiarité des affaires de la guerre actuelle, » dit Thiers en décrivant cet épisode. En effet Lavrouchka qui, la veille, s’était enivré et avait laissé son maître sans dîner, avait été fouetté puis envoyé chercher des poules dans le village ; il s’était laissé entraîner par la maraude et avait été pris par les Français. Lavrouchka était un de ces valets grossiers et effrontés qui ont vu beaucoup de choses et croient de leur devoir d’agir en tout