Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/275

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tantôt sur leur inscription en bloc aux Cosaques, tantôt sur la nouvelle religion dans laquelle ils seraient convertis, tantôt sur des épîtres quelconques du tzar, tantôt sur le sermon à Paul Petrovitch en 1797 (et on racontait que la liberté avait été donnée alors, mais que les seigneurs l’avaient reprise) ; tantôt sur le tzar Pierre Fédorovitch qui devait régner dans sept ans et sous lequel tout serait libre et si simple qu’il n’y aurait rien du tout. Les bruits sur la guerre, sur Bonaparte et son invasion se confondaient pour eux avec leurs représentations vagues de l’Antéchrist, de la fin du monde et de la liberté absolue.

Bogoutcharovo était entouré de grands villages, les uns appartenant à la couronne et d’autres à des particuliers dont la plupart n’y demeuraient pas et prenaient seulement la redevance. Il y avait peu de serfs domestiques, ceux sachant lire et écrire étaient aussi peu nombreux, et, dans la vie des paysans de cette région, ce courant mystérieux de la vie populaire russe dont la cause et le sens sont inexplicables aux contemporains était encore plus marquant, plus accentué. Un phénomène de ce genre, c’était le mouvement pour l’émigration vers des fleuves chauds quelconques, mouvement qui se manifestait depuis vingt ans parmi les paysans de ce pays. Des centaines de paysans, de ce nombre ceux de Bogoutcharovo, tout d’un coup se mirent à vendre leur bétail et partirent avec