Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/32

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La nouvelle du passage du Niémen par les Français tombait à l’improviste après un mois d’attente et en plein bal ! Au premier moment, l’empereur, révolté par l’offense, avait trouvé ce mot, devenu célèbre et qui lui plaisait tant, parce qu’il exprimait tout à fait ses sentiments. En rentrant du bal, à deux heures de la nuit, il envoya chercher son secrétaire Chichkov et lui ordonna d’écrire l’ordre aux troupes et le décret au feld maréchal, prince Soltikov, où il exigeait absolument que fussent placés ces mots : « Je ne me réconcilierai pas tant qu’un seul Français armé restera sur la terre russe. » Le lendemain, la lettre suivante était écrite à Napoléon :

« Monsieur mon Frère,

» J’ai appris hier, que malgré la loyauté avec laquelle j’ai maintenu mes engagements envers Votre Majesté, ses troupes ont franchi les frontières de la Russie, et je reçois à l’instant de Pétersbourg une note par laquelle le comte Lauriston, pour cause de cette agression, annonce que Votre Majesté s’est considérée comme en état de guerre avec moi dès le moment où le prince Kourakine a fait la demande de ses passeports. Les motifs sur lesquels le duc de Bassano fondait son refus de les lui délivrer, n’auraient jamais pu me faire supposer que cette démarche servirait jamais de prétexte à l’agression. En effet, cet ambassadeur n’y