Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/348

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ciennes conversations de Tchiguirine. Devant ces affiches, Pierre devint pensif. Ces nuages orageux qu’il appelait de toutes les forces de son âme et qui, en même temps, malgré lui, l’emplissaient d’horreur, étaient évidemment proches.

— « Entrer au service militaire et partir à l’armée, ou attendre ? »

Il se posait cette question pour la centième fois. Il prit le jeu de cartes qui était sur sa table et se mit à faire une patience.

— « Si cette patience réussit, se dit-il en battant le jeu et en levant les yeux, si elle réussit, alors cela signifie… Qu’est-ce que cela signifie ? »

Il n’avait pas le temps de conclure que se faisait entendre la voix de l’aînée des princesses qui demandait si l’on pouvait entrer.

— … Alors, cela signifie que je dois partir à l’armée, acheva Pierre. Entrez, entrez, ajouta-t-il, en s’adressant à la princesse.

(Seule la princesse aînée, à la longue taille et au visage pétrifié, continuait à vivre dans la maison de Pierre, les deux autres étaient mariées.)

— Excusez-moi, cousin, d’être venue vous déranger, dit-elle d’un ton de reproche, avec émotion. Il faut enfin prendre une résolution. Qu’y aura-t-il ? Tous sont partis de Moscou et le peuple se révolte. Pourquoi restons-nous ?

— Au contraire, tout a l’air de bien marcher, ma cousine, dit Pierre de ce ton de plaisanterie qu’il