Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/377

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


no ; voilà, ici, — il désignait le village avec l’église blanche qu’on voyait devant, — ici, c’est le passage à travers la Kolotcha. Là, vous voyez, où il y a des rangées de foin coupé, c’est, le pont, c’est notre centre. Voici notre flanc droit (il désignait tout à droite, loin dans le creux). Là-bas, il y a la rivière Moscova et nous y avons construit trois redoutes très fortes. Le flanc gauche… Ici, l’officier s’arrêta. Vous voyez, c’est très difficile de vous expliquer… Hier, notre flanc gauche était là-bas, à Schévardine, vous voyez où est le chêne, et maintenant nous avons déplacé notre aile gauche en arrière. Là-bas, vous voyez le village et la fumée, c’est Séméonovskoié, et voilà aussi, ici (il désignait le mamelon de Raievski). Mais il est peu probable que la bataille ait lieu ici. C’est pour ruser qu’il a fait passer ses troupes de ce côté ; il est sûr qu’il contournera en laissant Moscou à sa droite. Mais n’importe comment, plusieurs de nous manqueront demain, dit l’officier.

Un vieux sous-officier, qui s’était approché de l’officier pendant son récit, attendait en silence la fin du discours de son chef. Mais à ce passage, évidemment mécontent des paroles de l’officier, il l’interrompit et dit sévèrement :

— Il faut aller chercher des gabions.

L’officier parut confus comme s’il comprenait qu’on pouvait penser que beaucoup manqueraient demain mais qu’il n’en fallait pas parler.