Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/380

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attention était absorbée par l’expression sérieuse du visage de cette foule de soldats et de miliciens qui, avec la même avidité, regardaient l’icone. Aussitôt que le diacre, qui était fatigué (il chantait ce service pour la vingtième fois), se mit à chanter paresseusement, par habitude : « Sainte Mère, sauve tes esclaves du malheur ! » et que le prêtre et le diacre entonnèrent : « Nous accourons tous vers toi pour notre défense comme vers le mur inébranlable ! » la même expression : la conscience de la solennité du moment qu’il avait observée en montant à Mojaïsk et le matin chez plusieurs personnes, se répandait de nouveau sur tous les visages et les têtes s’inclinaient plus souvent, les cheveux s’agitaient et l’on percevait des soupirs et le bruit des croix faites sur les poitrines.

Tout à coup la foule qui entourait l’icone s’écarta et quelqu’un, probablement un personnage important, à en juger par la hâte avec laquelle tous lui faisaient place, poussa Pierre et s’approcha de l’icone. C’était Koutouzov qui inspectait la position. En entrant à Tatarinovo, il s’était approché pour entendre le service d’action de grâces. Pierre reconnut aussitôt Koutouzov à sa figure particulière, bien différente de toute autre : son énorme corps dans une longue redingote, le dos voûté, la tête blanche découverte, un œil crevé. Koutouzov, de son allure plongeante, hésitante, pénétra dans le cercle et s’arrêta devant le prêtre. Il se signa d’un