Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/384

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Benigsen n’a pas du tout attendu cela, il avait l’intention de fortifier l’autre mamelon, là-bas, mais pas du tout par ici — Boris haussa les épaules — mais le sérénissime n’a pas voulu… ou on lui a inspiré… Donc…

Boris n’acheva pas car, à ce moment, s’approchait Kaïssarov, l’aide de camp de Koutouzov.

— Hé ! Païsi Serguéiévitch ! dit familièrement, Boris avec un sourire, en s’adressant à Kaïssarov. Moi, voilà, je tâche d’expliquer au comte la position. C’est étonnant comme le sérénissime sait deviner les desseins des Français !

— Vous parlez du flanc gauche ? demanda Kaïssarov.

— Oui, oui, précisément. Notre flanc gauche est maintenant très, très fort.

Bien que Koutouzov eût renvoyé de l’état-major tous les inutiles, Boris avait su se maintenir au quartier général et il s’était placé près du comte Benigsen. Le comte Benigsen, comme tous ceux près de qui se trouvait Boris, considérait le jeune prince Droubetzkoï comme un homme inappréciable.

Dans le commandement de l’armée il y avait deux partis bien distincts : le parti de Koutouzov et celui de Benigsen, chef de l’état-major. Boris appartenait à ce second parti et nul ne savait mieux que lui, tout en montrant un respect servile à Koutouzov, faire comprendre que le vieux était