Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/421

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


besoin de cette capacité particulière, supérieure, qu’on nomme le génie et qu’on aime tant à attribuer à Napoléon. Mais les historiens qui ont décrit dans la suite cet événement, et les hommes qui entouraient alors Napoléon, et Napoléon lui-même, pensaient autrement.

Napoléon allait par le champ de bataille, observait attentivement le pays, hochait la tête approbativement ou avec méfiance, sans communiquer aux généraux la marche profonde des idées qui guidaient sa décision, et transmettait seulement les conclusions définitives sous la forme d’ordres.

En écoutant la proposition de Davoust, — qu’on appelait duc d’Eckmühl, — qu’il faudrait tourner le flanc gauche des Russes, Napoléon répondit non, sans expliquer pourquoi. Mais quand le général Compaing (qui devait attaquer la flèche) proposa de faire passer sa division par la forêt, Napoléon y consentit, bien que le nommé duc d’Elchingen, c’est-à-dire Ney, se permît d’observer que le mouvement dans la forêt était dangereux et pouvait ébranler la division.

Après avoir examiné le pays en face de la redoute de Schévardine, Napoléon réfléchit quelque temps en silence, en désignant les endroits où devaient être prêtes pour le lendemain deux batteries destinées à agir contre les fortifications russes et les endroits où, à côté d’elles, devait se trouver l’artillerie de camp.