Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/43

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connaître son titre et son importance. Contrairement à son attente, Davoust, après avoir écouté Balachov, devint encore plus grossier et plus sévère.

— Où est le pli ? dit-il. Donnez-le moi, je l’enverrai à l’empereur.

Balachov répondit qu’il avait l’ordre de remettre le pli à l’empereur lui-même.

— Les ordres de votre empereur sont exécutés dans votre armée mais, ici, vous devez faire ce qu’on vous dit, prononça Davoust.

Et, comme pour donner à sentir encore plus au général russe qu’il disposait de la force brutale, Davoust envoya l’aide de camp chercher l’officier de service. Balachov tira le paquet qui contenait la lettre de l’empereur et le posa sur la table. (La table n’était qu’un battant de porte, encore muni de ses gonds, appuyé sur deux tonneaux.) Davoust prit le paquet et lut l’adresse.

— C’est tout à fait votre droit de me rendre ou non le respect, dit Balachov, mais permettez-moi de vous faire observer que j’ai l’honneur d’être général aide de camp de Sa Majesté.

Davoust le regarda un instant, et l’émotion, la confusion qui s’exprimaient sur le visage de Balachov, lui firent visiblement plaisir.

— Il vous sera rendu ce qui vous est dû, dit-il ; et, mettant l’enveloppe dans sa poche, il sortit du hangar.